Lecture dans The Guardian: Rachel Cusk, Divorce is only darkness. (Katherine Viner, journliste)
"When you create, you aspire to do justice to yourself,
to remake yourself, and there is always the fear that you will expose the very thing
that you hoped to transform," R. Cusk
dimanche, février 26, 2012
mercredi, février 15, 2012
vendredi, janvier 27, 2012
samedi, janvier 07, 2012
Cyril Mennegun: film sur le déclassement social
Belle découverte: le cinéaste Cyril Mennegun, Français, originaire d'une ville ouvrière en Alsace.
De la profondeur, une analyse sociale de la pauvreté, sujet sur lequel on n'écrit très en France.
"« Mes parents ont vécu toutes les humiliations sociales »
Cyril Mennegun n'est pas arrivé à ce sujet par hasard. « Comme Corinne, j'ai eu une vraie vie avant. ». Né en 1975, il grandit à Belfort, dans « un milieu hyper prolo, ouvrier, où la vie est difficile ».
Il sourit avec simplicité, parle « des plus fragiles de notre société ». On le sentirait enclin aux euphémismes. Pourtant...
« J'ai un père qui vient de l'assistance publique, qui était bûcheron. Une mère élevée chez les bonnes sœurs. Un milieu ouvrier d'après-guerre, en pleine souffrance.
Ce sont des gens qui ont vécu toutes les humiliations sociales, toutes les violences, en tant que femme, homme, en tant que mère... »
Sa mère a vu le film mais « n'en a pas encore parlé », lâche au passage le réalisateur.
« Je vois bien l'effet que ça lui a fait. Ça l'a secouée, mais c'est ma mère... Elle est taiseuse. »
Il poursuit, plus ironique :
« Les années 60, 70... Mes parents sont passés à côté de tout. Les années 80 aussi : il paraît que tout le monde a fait fortune. Ben pas eux. »
.....
"« .... Ça me parle beaucoup. On (Annie Ernaux) a ça en commun : on vient de quelque part et on est destiné à aller bosser à la chaîne – au mieux. Et puis on avance dans la vie, on se différencie du reste de sa famille. On trahit quelque chose. Un jour, on se dit : “Merde, pourquoi j'arrive plus vraiment à parler à ma mère ? ”
C'est très compliqué à gérer ce changement de classe : d'un côté, on trahit quelque chose. De l'autre, ils sont fiers. C'est parfois dur à vivre. »
« En fait, je suis un peu en plein dedans... », conclut le réalisateur.
En 2007, Cyril Mennegun filme le quotidien de sa cité à Belfort, dans « Le Journal de Dominique » :
« Une tour avec des gens dans une situation de détresse sociale gigantesque. »
...." La question du point de vue à adopter s'impose :
« Sur un tel sujet, qu'est-ce je montre d'eux ? Est-ce que je fais le focus sur la pauvreté de leur appartement ? Sur les posters de Johnny Hallyday qui montrent où ils en sont culturellement ? Est-ce que je m'intéresse à leur vie ? A comment on fabrique les pauvres ? »
Les conditions du documentaire imposent rapidement leurs limites :
« J'ai beaucoup souffert de toutes ces choses qu'il faut faire pour ne pas trahir les gens, ne pas les abîmer davantage […] sans se demander comment ils vont le vivre, quand ils se verront à la télé. »
Le passage à la fiction règle ce problème. La transition s'opère naturellement."
...... "« Finalement, on peut aussi se demander pourquoi, hélas, le cinéma se défait trop souvent d'une frontalité par rapport au monde et aux êtres humains pour “se vautrer” dans des choses plus faciles à faire : des choses décalées avec beaucoup de musique, pour ne pas faire peur. »
Un peu comme chez Bruno Dumont (« Flandres », « Hors Satan »), il y a chez Cyril Mennegun une volonté farouche de montrer les corps et les gueules de la vraie vie. Quitte à « faire peur » justement, en filmant « des corps pas maquillés, pas trafiqués ».
De la profondeur, une analyse sociale de la pauvreté, sujet sur lequel on n'écrit très en France.
"« Mes parents ont vécu toutes les humiliations sociales »
Cyril Mennegun n'est pas arrivé à ce sujet par hasard. « Comme Corinne, j'ai eu une vraie vie avant. ». Né en 1975, il grandit à Belfort, dans « un milieu hyper prolo, ouvrier, où la vie est difficile ».
Il sourit avec simplicité, parle « des plus fragiles de notre société ». On le sentirait enclin aux euphémismes. Pourtant...
« J'ai un père qui vient de l'assistance publique, qui était bûcheron. Une mère élevée chez les bonnes sœurs. Un milieu ouvrier d'après-guerre, en pleine souffrance.
Ce sont des gens qui ont vécu toutes les humiliations sociales, toutes les violences, en tant que femme, homme, en tant que mère... »
Sa mère a vu le film mais « n'en a pas encore parlé », lâche au passage le réalisateur.
« Je vois bien l'effet que ça lui a fait. Ça l'a secouée, mais c'est ma mère... Elle est taiseuse. »
Il poursuit, plus ironique :
« Les années 60, 70... Mes parents sont passés à côté de tout. Les années 80 aussi : il paraît que tout le monde a fait fortune. Ben pas eux. »
.....
"« .... Ça me parle beaucoup. On (Annie Ernaux) a ça en commun : on vient de quelque part et on est destiné à aller bosser à la chaîne – au mieux. Et puis on avance dans la vie, on se différencie du reste de sa famille. On trahit quelque chose. Un jour, on se dit : “Merde, pourquoi j'arrive plus vraiment à parler à ma mère ? ”
C'est très compliqué à gérer ce changement de classe : d'un côté, on trahit quelque chose. De l'autre, ils sont fiers. C'est parfois dur à vivre. »
« En fait, je suis un peu en plein dedans... », conclut le réalisateur.
En 2007, Cyril Mennegun filme le quotidien de sa cité à Belfort, dans « Le Journal de Dominique » :
« Une tour avec des gens dans une situation de détresse sociale gigantesque. »
...." La question du point de vue à adopter s'impose :
« Sur un tel sujet, qu'est-ce je montre d'eux ? Est-ce que je fais le focus sur la pauvreté de leur appartement ? Sur les posters de Johnny Hallyday qui montrent où ils en sont culturellement ? Est-ce que je m'intéresse à leur vie ? A comment on fabrique les pauvres ? »
Les conditions du documentaire imposent rapidement leurs limites :
« J'ai beaucoup souffert de toutes ces choses qu'il faut faire pour ne pas trahir les gens, ne pas les abîmer davantage […] sans se demander comment ils vont le vivre, quand ils se verront à la télé. »
Le passage à la fiction règle ce problème. La transition s'opère naturellement."
...... "« Finalement, on peut aussi se demander pourquoi, hélas, le cinéma se défait trop souvent d'une frontalité par rapport au monde et aux êtres humains pour “se vautrer” dans des choses plus faciles à faire : des choses décalées avec beaucoup de musique, pour ne pas faire peur. »
Un peu comme chez Bruno Dumont (« Flandres », « Hors Satan »), il y a chez Cyril Mennegun une volonté farouche de montrer les corps et les gueules de la vraie vie. Quitte à « faire peur » justement, en filmant « des corps pas maquillés, pas trafiqués ».
dimanche, novembre 27, 2011
jeudi, octobre 27, 2011
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